Ali Mohamed Al-Sharafa écritLe soupçon entre les hommes: porte de la miséricorde ou voie vers l’agression

Ali Mohamed Al-Sharafa écrit
Le soupçon entre les hommes : porte de la miséricorde ou voie vers l’agression
Dans la parole d’Allah, le Très-Haut :
« Ô vous qui avez cru, évitez de trop soupçonner, car une partie des soupçons est un péché » se trouve une sagesse profonde qui régit les relations humaines, rapproche les gens et construit entre eux des ponts de confiance et d’affection lorsqu’ils choisissent d’avoir une bonne opinion les uns des autres.
Allah, exalté soit-Il, connaît la nature de l’âme humaine. Il sait que la plupart des conflits ne commencent pas par des actes, mais par de mauvais soupçons. Ceux-ci se transforment en jugements préconçus qui engendrent hésitation, doute et les insinuations de Satan. Ils peuvent couper la communication, rompre la connaissance mutuelle et le dialogue entre les personnes, créer une distance entre les parties, puis mener à l’accusation, à la rupture et à l’hostilité.
C’est pourquoi l’interdiction divine est venue avant même l وقوع du tort et avant l’effondrement des relations : elle interdit toute accusation sans preuve irréfutable. Allah veut que les relations humaines commencent sans suspicion ni doute ni jugement préalable accusateur sans preuve, afin de fermer la porte du mal dès son origine et d’éduquer l’être humain à la justice et à l’équité avant tout jugement anticipé sur autrui.
Le mauvais soupçon n’est pas une simple pensée passagère. Il consiste à juger négativement une personne sans connaissance et sans preuve, sans lui donner la possibilité de se présenter, de s’exprimer, d’être écoutée ou de faire valoir ses actes. C’est une forme d’injustice dont Allah veut purifier les esprits de Ses serviteurs. Car lorsqu’un individu s’habitue à juger les gens sur des soupçons, il devient prisonnier des illusions et sa vie se transforme en cercle de doute, de peur et d’hostilité.
Le mauvais soupçon devient ainsi un péché, car il s’agit d’un jugement injuste sans preuve. Il est interdit de juger autrui avant de le connaître, avant de l’avoir fréquenté ou avant d’avoir observé un comportement réel permettant un jugement juste.
Allah veut que l’esprit humain reste neutre et que le cœur demeure pur jusqu’à l’apparition des faits et l’assurance des preuves.
Ainsi, lorsqu’aucune parole, aucun acte ou aucun comportement ne montre une attitude négative, il n’est pas permis de devancer les événements en accusant les intentions ou en interprétant les comportements selon les pires hypothèses. En revanche, lorsque des actes concrets ou des agressions réelles apparaissent, il devient légitime de réfléchir, de prendre des précautions et de se protéger contre l’injustice, sans dépasser les limites de la justice et de l’équité.
La différence est grande entre la prudence fondée sur la réalité et le mauvais soupçon fondé sur les illusions et les doutes.
C’est pourquoi l’avertissement divin est venu très tôt : le mauvais soupçon est un jugement porté sur une personne innocente dans la sphère intérieure de l’âme, sans preuve et sans lui donner la possibilité de se défendre. Ainsi, Allah veut purifier le cœur et l’esprit du croyant de cette injustice, et lui interdire de nourrir de mauvais soupçons envers les autres tant que des preuves claires et irréfutables ne sont pas établies. Quant aux simples pensées et illusions, elles ne doivent jamais devenir des jugements qui détruisent les relations et corrompent les cœurs.
Par la miséricorde d’Allah, Il n’a pas ordonné aux croyants de se fier aux conjectures, mais Il leur a ordonné de vérifier et de s’assurer de la vérité. Le Très-Haut dit :
« Ô vous qui avez cru, si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la attentivement, de peur que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance et que vous ne regrettiez ensuite ce que vous avez fait. » (Al-Hujurat 49:6)
La vérification et la clarification de toute chose constituent la méthode du Coran, tandis que la précipitation dans le jugement est la voie de Satan. Combien de personnes ont injustement lésé autrui à cause d’une fausse information, d’une rumeur ou d’une mauvaise compréhension, avant de découvrir la vérité après que des droits aient été perdus, des relations déchirées, des guerres déclenchées, du sang versé et des liens rompus à cause d’une fausse nouvelle.
Allah ordonne également aux croyants de ne suivre que ce dont ils ont une connaissance certaine. Il dit :
« Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur — tout cela sera interrogé. » (Al-Isra 17:36)
L’être humain est donc responsable devant Allah de chaque jugement qu’il porte, de chaque accusation qu’il formule et de chaque parole qu’il construit sur des suppositions au lieu de faits et de preuves irréfutables. C’est pourquoi le Coran fait de la connaissance le fondement, et considère que la conjecture sans preuve ne doit pas servir à établir des jugements ni à perdre des droits.
Le Coran ne s’est pas contenté d’interdire le mauvais soupçon ; il a également révélé la chaîne qui en découle et qui conduit à la corruption de la société. Allah dit :
« Ô vous qui avez cru, évitez de trop soupçonner, car une partie des soupçons est un péché. Et ne vous espionnez pas et ne médisez pas les uns des autres. » (Al-Hujurat 49:12)
Comme si le Coran décrivait les étapes de la déviation psychologique : l’être humain commence par le mauvais soupçon, ce qui le pousse ensuite à espionner afin de confirmer ses illusions. S’il ne trouve pas la vérité, il la fabrique dans son imagination, pour finir par la médisance et l’atteinte à la réputation des autres.
Ainsi, le soupçon se transforme en une série de péchés successifs qui détruisent les valeurs morales, rompent les liens familiaux, sèment la discorde et poussent les gens les uns contre les autres dans l’agression et l’hostilité.
C’est ainsi que se manifeste la grandeur de l’éducation coranique : elle ne traite pas le mal après son apparition, mais elle en prévient les causes avant même qu’elles ne naissent, et protège l’être humain de manière préventive contre la chute dans le péché ou l’erreur.
Elle vise à élever la morale de l’homme afin qu’il ne juge personne sans connaissance, n’accuse personne sans preuve, et ne fonde aucune position sur autre chose que la vérité. Lorsqu’il atteint le degré de certitude fondé sur des preuves irréfutables, il adopte alors la voie de l’équité et de la justice, s’élevant moralement jusqu’à se rapprocher des qualités des prophètes, qui ne ظلمent pas et ne suivent pas les passions, mais s’en tiennent à la vérité ordonnée par Allah.
Tel est l’objectif de la purification de l’être humain voulue par Allah : qu’il soit juste dans son jugement, pur dans son cœur, équitable dans sa perception des autres, et enclin au pardon, à l’indulgence et à l’oubli des fautes.
C’est pourquoi le mauvais soupçon constitue la première étincelle de nombreuses hostilités personnelles et de nombreux problèmes sociaux, en particulier au sein de la famille. Combien de foyers ont été détruits par le doute et les suspicions, provoquant la dispersion des familles ? Combien de relations conjugales stables ont été enflammées par le mauvais soupçon, se terminant par un divorce amer ? Combien de frères, d’amis ou de partenaires ont été séparés par des doutes et des illusions qui n’avaient aucune réalité, sinon les insinuations de Satan, contre lesquelles Allah a mis en garde à de nombreuses reprises dans le Coran ?
C’est pourquoi Allah avertit les hommes de manière préventive contre le fait d’anticiper les événements et de les juger par le mauvais soupçon, car la prévention vaut mieux que le traitement des conflits après leur déclenchement. La miséricorde, la tolérance et le pardon éteignent les flammes et instaurent la paix.
Parmi les formes les plus graves de déviation figure le mauvais soupçon à l’égard d’Allah, car il corrompt la relation de l’être humain avec son Créateur. Le Très-Haut dit :
« Et [Il châtiera] les hypocrites hommes et les hypocrites femmes, et les polythéistes hommes et les polythéistes femmes, ceux qui nourrissent de mauvaises pensées à l’égard d’Allah. Sur eux s’abattra un malheur de mauvais augure, Allah est courroucé contre eux, Il les a maudits et leur a préparé l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! » (Al-Fath 48:6)
Celui qui a un mauvais soupçon envers son Seigneur pense qu’Allah ne sait pas, n’agit pas avec justice, n’est pas miséricordieux ou ne soutient pas Ses serviteurs croyants. Il vit alors dans une anxiété permanente et dans une contestation continue, s’éloignant du chemin de la foi.
Allah dit également :
« Et si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du chemin d’Allah. Ils ne suivent que la conjecture et ne font que supposer. » (Al-An’am 6:116)
Suivre les conjectures sans discernement ni vérification, et suivre les trompeurs et les manipulateurs, a conduit la majorité des gens à s’éloigner de l’Islam. L’abandon du Coran a été une cause de déviation du monothéisme et d’égarement vers le polythéisme. Suivre les illusions et les déviations conduit inévitablement à la perte au Jour du Jugement.
Il dit encore :
« Voilà votre supposition que vous avez faite à l’égard de votre Seigneur ; elle vous a perdus et vous êtes devenus parmi les perdants. »
Ainsi, le mauvais soupçon envers Allah devient une cause de ruine et de perte.
Et Il dit :
« Ils ne suivent que la conjecture, et la conjecture ne sert à rien face à la vérité. »
La vérité ne repose pas sur les suppositions et les estimations, mais sur la connaissance, la preuve et la certitude.
Les sociétés ne se construisent pas uniquement par les lois, mais par la confiance mutuelle entre les individus. Lorsque la bonne opinion disparaît, la peur se répand, la méfiance domine, les liens familiaux se brisent, les foyers deviennent des champs de conflit, et les sociétés s’affaiblissent, laissant la porte ouverte à Satan pour y semer la haine et l’agression.
C’est pourquoi, par miséricorde envers les hommes, Allah veut purifier leurs cœurs et y développer les valeurs de vérification et de justice, tout en les mettant en garde contre le mauvais soupçon, car il constitue l’une des portes par lesquelles Satan allume les conflits, détruit les relations et répand la haine entre les gens.
La méthode divine dans le Coran est que l’être humain demeure pur de cœur, sain de conscience et impartial dans son jugement : il ne juge qu’avec une preuve irréfutable, ne condamne qu’avec connaissance et discernement, et ne précipite pas les événements sous l’effet de l’imagination et des insinuations sataniques.
Lorsque les faits apparaissent, chaque situation est traitée en conséquence. Avant cela, le principe fondamental est l’innocence, la bonne opinion, la justice et l’équité, afin que la vie humaine repose sur la confiance, la miséricorde et la paix. Ainsi, le Coran devient le cadre qui préserve la dignité humaine, protège l’unité de la société et ferme les portes de la discorde avant qu’elle ne se transforme en conflit, puis en affrontement, puis en agression dont seul Allah connaît l’ampleur.



